the summit within summary old folks laugh essay questions write my popular rhetorical analysis essay on founding fathers should we be given homework administrator covering letter example english axis arquitectura sa de cv
La communication numérique de Jean-Luc Mélenchon : autocratique ou démocratique ?
15 avril 2021
Instagram, ethos et storytelling politiques
5 mai 2021

Twitter : un espace numérique entre débat public et propagation d’idées extrémistes

« Métastases de la fachosphere » « Un mapping des sites de la « fachosphère » avec ses différentes tendances: FN, identitaires, nationalistes, cathos traditionnalistes, ou « antisionistes » (adeptes de Soral et Dieudonné ou islamophiles) réalisé par « crawling » des liens à partir des sites de référence de chaque tendance. ». Ce diagramme avait été publié sur le site de Mediapart, mais il n’y est plus accessible. Aujourd’hui, on peut le re-trouver sur le site blog.syti.net publié le 06 janvier 2017. La taille des sphères est proportionnelle à l’influence des sites, c’est à dire au nombre de liens vers eux. Il peut être utile pour mieux identifier l’idéologie à laquelle sont affi-liés les sites qu’on est amenés à visiter. La situation n’est plus celle des années 90 où l’extrême-droite se limitait prin-cipalement au FN. Aujourd’hui, l’extrême-droite a métastasé, ce qui est le signe de son expansion en profondeur dans les différentes couches de la société par ailleurs antagonistes (bourgeois conservateurs, classes populaires, jeunes des banlieues, intellectuels…). La légende des couleurs figure sur l’image.

Vingt-cinq ans désormais que l’extrême-droite a fait son entrée dans le grand monde d’Internet : en avril 1996, le Front national (actuel Rassemblement National), est le premier parti politique français à se doter d’un site web. Cette présence sur Internet de réseaux sociaux dédiés à la diffusion de l’idéologie de l’extrême-droite radicale, est un phénomène qui remonte au début des années 2000. Depuis lors, la mouvance d’extrême-droite envahit une diversité d’espaces numériques liés aux technologies de l’Internet, identifiant celles-ci comme une opportunité de promouvoir son idéologie.

Parler de l’extrême-droite revient à faire référence à des mouvements politiques qui incarnent généralement une idéologie qualifiée parfois d’«identitaire», de « nationaliste », de « populiste », de « réactionnaire »[1]. A ce propos, le politologue Cas Mudde, dans un passage tiré de sa thèse, The Extrême Right Party Family. An ideological approach (1998), ajoute une  définition de l’extrême-droite que nous traduisions en ces termes : « l’extrême droite combine le nationalisme (éthique de l’État) ; l’exclusivisme (y compris le racisme, l’ethnocentrisme ou l’ethno-différentialisme) ; la xénophobie ; des traits anti-démocratiques (culte du chef ; élitisme ; monisme ; vision organique de l’État) ; le populisme ; des partis d’esprit antiracistes ; la défense de « l’ordre public » ; le souci de l’écologie ; une éthique des valeurs qui insiste sur la perte des traditions (famille, communauté, religion) et un projet socio-économique mêlant corporatisme, contrôle de l’État sur certains secteurs et fortes croyances dans le jeu naturel du marché[2] ».

En effet, cette citation s’avère intéressante pour notre article, car elle permet une compréhension axée sur les multiples factions d’extrême-droite que l’on peut retrouver en ligne. Outre les forums et blogs, l’extrême-droite opère très efficacement un maillage dense sur Twitter où se manifestent ainsi plusieurs courants de pensée d’extrême-droite.

Alors, de quelle façon les idées d’extrême-droite se sont-elles répandues dans le champ numérique français, notamment à travers l’utilisation de plateformes participatives telles que Twitter ?

Afin de poser le cadre général de notre analyse, nous montrerons que Twitter constitue un terrain numérique favorable à l’extrême-droite (I) et que celle-ci utilise des stratégies communicationnelles pour faire passer des idées extrêmes par des médias de masse (II).

« Métastases de la fachosphere »
« Un mapping des sites de la « fachosphère » avec ses différentes tendances: FN, identitaires, nationalistes, cathos traditionnalistes, ou « antisionistes » (adeptes de Soral et Dieudonné ou islamophiles) réalisé par « crawling » des liens à partir des sites de référence de chaque tendance. ».
Ce diagramme avait été publié sur le site de Mediapart, mais il n’y est plus accessible. Aujourd’hui, on peut le re-trouver sur le site blog.syti.net publié le 06 janvier 2017. La taille des sphères est proportionnelle à l’influence des sites, c’est à dire au nombre de liens vers eux. Il peut être utile pour mieux identifier l’idéologie à laquelle sont affi-liés les sites qu’on est amenés à visiter. La situation n’est plus celle des années 90 où l’extrême-droite se limitait prin-cipalement au FN. Aujourd’hui, l’extrême-droite a métastasé, ce qui est le signe de son expansion en profondeur dans les différentes couches de la société par ailleurs antagonistes (bourgeois conservateurs, classes populaires, jeunes des banlieues, intellectuels…). La légende des couleurs figure sur l’image.

Twitter : terrain favorable à l’extrême-droite ?

L’évolution d’Internet et des différents réseaux numériques a conduit l’activité politique et ses différents acteurs à prendre une forme hybride, adaptée à ce nouvel espace. La raison de cette création précoce c’est selon Alexandre Dezé  « l’illégitimité politique du FN et les interactions complexes que ses responsables entretiennent avec les médias[3] ». Même si cette illégitimité n’est plus d’actualité au vu des différents résultats aux dernières élections, l’extrême-droite garde une utilisation importante des réseaux numériques.

Au-delà des frontières du parti, les militants et les soutiens, ont eux aussi choisi d’investir la toile. Le FN étant « précocement présent sur ces plateformes, il possède un riche ensemble de groupes Facebook qui le soutiennent activement.[4] ». Les militants politiques extrémistes, et plus particulièrement d’extrême-droite, ont donc rapidement su s’emparer des outils numériques.

Selon Arnaud Mercier, « Twitter peut s’analyser comme une sorte de terre vierge, où les consignes des stratèges en communication politique, n’ont pas encore pleinement pénétré. Le potentiel polémique y est donc plus élevé[5] ». Ce réseau social est donc un terrain propice à l’activité politique et surtout à la dimension polémique que les idées extrémistes peuvent véhiculer.

Cette présence sur le réseau social est très facilement identifiable. Nous pouvons y trouver des groupes appartenant à ce que l’on appelle plus ordinairement la « fachosphère ». Un terme désignant selon la journaliste Clara Schmelck « dans les médias français, un ensemble nébuleux dans lequel on croise des catholiques ultra-traditionalistes, des youtubeurs complotistes et des identitaires.[6]». Mais cette définition est bien limitée au vu de l’étendue de cette sphère. Le co-auteur de « La fachosphère » David Doucet, souligne l’imprécision de cette notion car elle englobe des « myriades de sites » qui ne partagent pas la même idéologie. Leur seule unité serait « leur opposition commune aux médias[7] ». Le co-auteur du même livre, Dominique Albertini, la définit par « l’extrême droite sur internet[8] ».

Cette nébuleuse inclut donc les sympathisants de partis d’extrême-droite comme le RN mais aussi les groupes identitaires, ou traditionalistes par exemple. David Doucet indique également dans une interview accordée à la chaîne étudiante MCE, que le RN est leur « porte drapeau dans les urnes[9] ».

On peut prendre l’exemple du collectif Némésis qui est un des groupes très actifs à la fois dans le rythme de publication avec des dizaines de tweets par semaine, mais également par le nombre important de sympathisants qu’il compte sur ce réseau numérique : près de 20 000 le 27 mars 2021.

Une autre forme de présence sur le réseau, ce sont les profils personnels soutenant l’idéologie d’extrême-droite. On les reconnaît car ils affichent directement sur leurs profils leur filiation aux mouvements d’extrême-droite dans leur «bio» principalement, en mentionnant les groupes, partis politiques qu’ils soutiennent comme le Rassemblement National, voire même le nom de la leader de ce parti : Marine Le Pen avec la présence de hashtag comme « #RN »  ou « #Marine2022 ».

Ils sont à l’origine de tweets soutenant les actions et idées d’extrême-droite, ou plus simplement de partages (retweet), des messages teintés de la même idéologie. Il reste à savoir comment ces différents groupes utilisent ce réseau social pour diffuser leurs idées.

Stratégies communicationnelles pour faire passer des idées extrêmes par des médias de masse  

L’importance prise par des idées véhiculées par l’extrême-droite en France est en partie due à une stratégie offensive sur les réseaux sociaux. Les populismes d’extrême-droite se sont emparés du numérique pour faire passer des idées extrêmes qui font souvent polémique.

Sur Twitter et Facebook par exemple, selon Maxime Dafaure « les publications de l’extrême-droite ont une meilleure visibilité que leurs adversaires politiques à cause de l’algorithme selon lequel plus il y a des réactions et commentaires plus la publication devient populaire[10] ». Il est important de noter que l’extrême-droite à bien conscience du fonctionnement des algorithmes et se sert de cette stratégie et du fait que plus il y a des réactions, plus la publication sera visible dans les moteurs de recherche, afin d’avoir une stratégie de communication plus efficace. Pour attirer les internautes et susciter des réactions, le sarcasme, l’humour et le troll[11], font partie intégrante de la stratégie de communication de l’extrême-droite.

L’humour est notamment un des moyens les plus efficaces pour faire passer des messages à caractère polémique. Par l’humour on comprend par exemple les photomontages, les détournements, les déclarations à caractère déformatif. Le principal terrain de jeu sont les plateformes numériques, notamment Facebook et Twitter. Par exemple, lors l’université d’été du parti FN à Marseille, début septembre 2015, de nombreux mèmes[12] ont été créés, et un des plus connus est celui de Stéphane Ravier, sénateur français, membre du RN, suite à sa déclaration « Pardon on dit plus UMPS aujourd’hui, on dit RPS ou herpès. ».

BERTRAND LANGLOIS, AFP, Getty Images, Mème de Stéphane Ravier lors de l’université d’été du FN à Marseille, 2015

L’extrême-droite se sert également de jeux de mots douteux ou des tournures de phrases, comme le montre l’exemple d’un tweet d’Andréa Kotarac (investi tête de liste du RN pour les élections métropolitaines de 2020 et fondateur du parti localiste en 2021), un transfuge mélenchoniste qui écrivait le 14 mai 2019 : « Sur l’immigration, @JLMelenchon a un bon constat, il a dit que l’immigration était une souffrance. (…) puisque c’est une souffrance il faut l’arrêter. (…) Je préfère que les gens vivent dignement, fièrement, chez eux. » #19hruthelkrief », alors qu’initialement cette affirmation de Jean Luc Mélenchon avait un sens complètement opposé.

Nous pouvons observer ensuite l’exemple du détournement du slogan « Refugees welcome » en « Rapefugees not welcome », qui est ensuite devenu un slogan de la haine raciale. Il semble être apparu pour la première fois en Allemagne, à la suite d’une série d’agressions sexuelles la veille du Nouvel An, crée par des militants de l’extrême-droite allemande. Ce mot « porte-manteau », qui crée directement une association entre les réfugiés et la violence sexuelle, est devenu largement utilisé en ligne lorsque la crise des réfugiés en Europe s’est amplifiée.

Mème à caractère déformatif apparu suite aux agressions sexuelles qui ont provoqué une rhétorique antimusulmane et anti-immigration en Allemagne en décembre 2016 .

 

Enfin, le journal Le Monde publie en avril 2017 une série d’articles intitulée « Dans la galaxie des trolls d’extrême droite », également disponibles sur Twitter[13]. Les articles mettent en lumière une communauté de militants français d’extrême-droite décrits comme les nouveaux « colleurs d’affiches » du FN. Ces militants se caractérisent par des codes particuliers prenant la forme d’un langage décalé. Par exemple, ils remplacent souvent les termes « noirs et arabes » par « noix et arbres ». Cette culture du « troll » permet de rendre illisible l’engagement politique de ces trolls aux yeux de leurs adversaires, mais aussi de créer une sorte de cohésion de cette communauté où l’individu n’est défini qu’au travers d’un pseudo.

 

Pour conclure, Twitter est un réseau social qui encourage la formation de communautés politiques qui interagissent ensemble dès lors qu’elles partagent la même idéologie. En effet, la présence des partisans d’extrême-droite se caractérise par une affirmation d’appartenance à certains partis comme le Rassemblement National, mais également à des mouvements moins institutionnalisés tels que Génération Identitaire ou le collectif Némésis.

L’idéologie d’extrême-droite laisse une grande place à l’émotion, à travers l’humour mais également en se fondant sur l’idée d’une histoire nationale menacée par un exogroupe qui ne se rapporterait pas à une culture traditionnelle française. En d’autres termes, l’histoire nationale telle qu’elle est perçue par l’endogroupe n’admet aucun multiculturalisme. Le caractère polémique au sein d’un espace, composé de communautés virtuelles, tel que Twitter favorise l’interaction et le partage de contenu entre abonnés, permettant aux algorithmes de donner aux contenus visibilité et popularité. Toutefois, ce partage d’idéologies ethnocentrées peut-il se diffuser de manière transnationale ? Comme l’indique C. Froio, le potentiel transnational s’exprime à travers des thèmes communs tels que : l’immigration et l’économie, qui sont estimés à 30% de chances de faire l’objet d’un retweet[14]. A titre d’exemple, la théorie du “Grand Remplacement” développée par R. Camus permet de mobiliser les partisans d’extrême-droite autour d’une défense du Bloc Occidental européen. Enfin, il convient de préciser que ce potentiel transnational se limite aux thèmes consensuels, car les idéologies d’extrême-droite ne correspondent pas à une définition monosémique.

Fadil BELAÏDOUCHE, Souleymane BALDE, Kristian DANEVSKI, Alma DAUPHIN, Nina GATELOUP SLIMANI (promotion M1, 2020-2021)

[1] Gimenez Elsa, Voirol Olivier, « Les agitateurs de la toile. L’Internet des droites extrêmes.», Réseaux, 2017/2-3 (n° 202-203).

[2] Mudde Cas, The Extreme Right Part Family. An ideological approach, Thèse de doctorat, Université de Leyde, 1998

[3] Dézé Alexandre, « Un parti « virtuel » ? Le Front national au prisme de son site internet », in Greffet F. (dir.), Continuerlalutte.com. Les partis politiques sur le web. Paris, Presses de Sciences Po, 2011, p. 139-152.

[4] Mercier Arnaud, « Twitter, espace politique, espace polémique. L’exemple des tweet-campagnes municipales en France (janvier-mars 2014) », Les Cahiers du numérique, 2015/4 (Vol. 11), p. 145-168.

[5] Hobeika A., Villeneuve G., « Une communication par les marges du parti : Les groupes Facebook proches du Front national. », Réseaux, 2017, p. 213-240.

[6] Ziad Maalouf. « De quoi la fachosphère est-elle le nom ? », RFI.fr, 24 mars 2017

[7] Fondation Jean Jaurès. « Qu’est-ce que la fachosphère ? » Entretien de D. Albertini et D. Doucet avec S. Proust [vidéo en ligne], YouTube, 29 novembre 2016.

[8] David Doucet, « Le Front National est l’astre de la fachosphère », MCE TV, [vidéo en ligne], Dailymotion, 2017

[9] Schmelck Clara,  « Plongée en fachosphère », Médium, 2017/3-4 (N° 52-53), p. 199-212.

[10] Dafaure Maxime, « The “Great Meme War:” the Alt-Right and its Multifarious Enemies », Angles, 10 | 2020.

[11] En argot, un « troll » caractérise un individu ou un comportement qui vise à générer des polémiques. Il peut s’agir d’un message, d’un débat conflictuel ou de la personne qui en est à l’origine. On désigne sous le néologisme « troller » le fait de créer artificiellement une controverse. Voir l’article sur ce blog, « Le trolling, nouveau moyen d’expression du discours politique ».

[12] Le « mème » Internet, est un type d’idée, de comportement ou de style qui se répand sur Internet, souvent par le biais de plateformes de médias sociaux et surtout à des fins humoristiques. Le mot vient du terme « mimesis » qui désigne un élément repris et décliné massivement sur Internet.

[13] Source : https://twitter.com/lemondefr/status/848796981883535361

[14] Froio C., « Nous et les autres, L’altérité sur les sites web des extrêmes droites en France », éd. La Découverte, Réseaux, 2017/2, n° 202-203, p. 39-78