Maux et mots des homos

KHF_NatnlComingOutDayLe 3 octobre 2015, le nom de Krysztof Olaf Charamsa rĂ©sonne dans les murs du Vatican. A la veille d’un synode sur la famille organisĂ© par l’Église catholique, ce cardinal polonais, membre de la congrĂ©gation chargĂ©e de veiller Ă  la cohĂ©rence de la doctrine,  rĂ©vèle son homosexualitĂ© dans une interview accordĂ©e au quotidien italien Corriere della Sera et Ă  l’édition polonaise de Newsweek[1]. Ce coming out mĂ©diatique replace la question de l’homosexualitĂ© au cĹ“ur des dĂ©bats de l’Église, dans lesquels s’affrontent les partisans de l’immobilisme et des courants plus tolĂ©rants. Émissions de tĂ©lĂ©vision et de radio, photos en « Une Â» de quotidiens italiens, sortie en public de Krysztof Olaf Charamsa et son compagnon dans un restaurant oĂą une confĂ©rence de presse improvisĂ©e s’est tenue : la Curie, restĂ©e jusque-lĂ  dans le silence, est mise au pied du mur[2]. DestituĂ© de ses fonctions, comme l’a annoncĂ© dans un communiquĂ© le porte-parole du Vatican, ce cardinal de 43 ans n’est pas soucieux de son avenir. Blog, livre(s) en prĂ©paration : Ă  en juger par la ferveur et l’émotion mondiale suscitĂ©es par son action, les sollicitations ne vont pas manquer. Ce n’est pas tous les jours qu’un homme d’Eglise dĂ©die son coming out Ă  l’homme qu’il aime, dans une sphère religieuse qui qualifie encore les actes homosexuels « d’intrinsèquement dĂ©sordonnĂ©s »[3]. Le mouvement homosexuel chrĂ©tien David & Jonathan a rĂ©agi en disant ne pas ĂŞtre Ă©tonnĂ© de cette annonce. « En proportion, affirme sa coprĂ©sidente Elisabeth Saint-Guily, il y a plus d’homosexuels chez les prĂŞtres que dans la population gĂ©nĂ©rale »[4]. S’exposer ou rester dans l’ombre ? L’exemple des rĂ©actions suscitĂ©es par l’action de ce cardinal homosexuel pose, on va le voir, une question qui traverse depuis les annĂ©es 1960 l’histoire des mouvements de dĂ©fense des groupes lesbiens Gays Bi et Transgenres (LGBT). Entre construction identitaire et lutte contre la stigmatisation, faut-il privilĂ©gier un rĂ©pertoire d’action discret ou, Ă  l’instar des fameuses Gay pride, des formes de mobilisation publiques plus bruyantes ?


La (toujours) difficile entrée dans les mœurs de la question homosexuelle

Les luttes en faveur de l’égalitĂ© entre personnes hĂ©tĂ©rosexuelles et non-hĂ©tĂ©rosexuelles n’ont cessĂ© d’évoluer depuis les annĂ©es 1970, en fonction de la perception de ces groupes dans la sociĂ©tĂ©. A la fin des annĂ©es 1960, l’homosexualitĂ© est encore considĂ©rĂ©e comme une maladie mentale et les personnes homosexuelles continuent de subir des traitements psychologiques visant Ă  les faire abandonner leur comportement jugĂ© « dĂ©viant ». C’est en 1969, après les Ă©meutes gay de Stonewall, Ă  New York, que les premiers mouvements de dĂ©fense des homosexuels font leur apparition. Le terme « gay Â», alors utilisĂ© par des personnes homophobes, est rĂ©appropriĂ© par ces mouvements, qui militent pour que l’homosexualitĂ© ne soit plus considĂ©rĂ©e comme une maladie mentale, et soit acceptĂ©e par la sociĂ©tĂ©[5]. Il s’agit de l’un des premiers combats de la cause homosexuelle, dont le principal moyen de communication est la “marche des fiertĂ©s”, qui est alors une marche commĂ©morative du Stonewall et des Ă©meutes qui ont suivies. En 1974, l’Association Psychiatrique AmĂ©ricaine dĂ©cide, après un happening des militants de la Gay Activist Alliance qui font irruption lors d’une confĂ©rence, de retirer l’homosexualitĂ© de la catĂ©gorie des dĂ©viances sexuelles. Le premier combat est gagnĂ©[6].

Dans les années 1990, le niveau d’acceptation sociale des personnes homosexuelles évolue plutôt favorablement. Les trois quarts de la population française considèrent alors que les homosexuels sont des personnes comme les autres, alors qu’ils n’étaient qu’un tiers à le penser dans les années 1980[7]. A la fin des années 1990, le Pacs provoque un grand débat en France. En 1998, 49% des Français sont favorables au Pacs, alors que 48% y sont opposés. A peine deux ans plus tard, 64% y sont désormais favorables. C’est bien la preuve, pour les mouvements de lutte en faveur des droits des homosexuels, qu’une fois le droit acquis, il rentre dans les mœurs : aucun des bouleversements sociétaux catastrophiques, annoncés par les opposants les plus farouches au projet, n’a eu lieu.[8]

Aux États-Unis, la question homosexuelle commence Ă  faire son apparition dans les mĂ©dias. Dans les annĂ©es 1960, l’Église catholique perd son influence sur l’industrie du film amĂ©ricain, avec la suppression du Hay Code. Les homosexuels apparaissent progressivement sur le grand Ă©cran. Ils sont prĂ©sents notamment dans Le Bal des vampires (1967), Asphalt-Cowboy (1969) ou Les durs et les doux (1970). Dans la presse Ă©crite, le New York Times, vers la fin des annĂ©es 1970, devient l’un des premiers journaux Ă  Ă©crire des articles sur l’homosexualitĂ© qui, sans ĂŞtre homophiles, ont permis de mettre la cause Ă  l’agenda politique et mĂ©diatique national. En 1973, PBS diffuse en prime time le documentaire de douze heures An American Family, sur la vie quotidienne d’un jeune homosexuel et en 1976, pour la première fois, un programme homosexuel rĂ©gulier, Blueboy Forum, est diffusĂ© sur le petit Ă©cran[9]. En 1981, un personnage homosexuel est pour la première fois au centre d’une sĂ©rie tĂ©lĂ©visĂ©e (Love, Sidney), tandis que des personnages secondaires homosexuels font petit Ă  petit leur apparition dans des sĂ©ries Ă  succès comme le clan Denver (1981–1989), Brothers & Sisters (1984–1989), Melrose Place (1992–1999). C’est Ă  partir des annĂ©es 1990 que des sĂ©ries centrĂ©es sur l’homosexualitĂ© font leur apparition sur le petit Ă©cran, avec Ellen (1994–1998), Will et Grace (1998–2006), ou Queer as Folk (2000–2005) et The L Word (2004-2009).

En Europe, quatorze pays autorisent aujourd’hui le mariage homosexuel et l’Irlande l’a validĂ© rĂ©cemment par rĂ©fĂ©rendum. Cette situation tend Ă  crĂ©er un effet boule de neige dans le reste de l’Europe, principalement en Grèce, en Italie et en Allemagne. En Grèce, un projet de loi vient d’être dĂ©posĂ© pour que les personnes homosexuelles puissent avoir une union civile. En Allemagne, si Angela Merkel est contre l’ouverture du mariage aux personnes homosexuelles, le Parlement se montre, quant Ă  lui, de plus en plus favorable. Enfin, en Italie, le dĂ©bat commence Ă  avoir lieu. 50% des Italiens seraient favorables au mariage gay, d’après un sondage de la Stampa, et mĂŞme Silvio Berlusconi se montre favorable au sujet[10].


Identités multiples, unions et abréviations

Partout dans le monde, les mouvements LGBT ont cherchĂ© ou cherchent encore Ă  passer de la clandestinitĂ© Ă  l’action au grand jour, afin que leurs revendications soient entendues par le plus grand nombre et par les pouvoirs publics. Les militants ont construit une identitĂ© collective et une image valorisante de leur cause. La communication joue comme une ressource essentielle pour l’action collective des mobilisations LGBT : elle favorise, pour paraphraser Karl Marx, la transformation d’un groupe  Â« en soi Â» en un groupe  Â« pour soi Â» qui prend peu Ă  peu conscience de son rĂ´le historique[11]. Ainsi, les rĂ©fĂ©rences commĂ©moratives Ă  Stonewall sont frĂ©quentes dans le discours des dirigeants d’associations[12], bien qu’elles soient plus rares dans les motivations des participants Ă  la marche des fiertĂ©s. Cela est peut-ĂŞtre dĂ» Ă  une socialisation politique diffĂ©rente. La mobilisation de ces groupes passe donc par un « moment identitaire initial », durant lequel le militantisme se dĂ©ploie comme un travail du groupe sur lui-mĂŞme, travail consistant en un « retournement du stigmate Â» au sens du sociologue amĂ©ricain Erving Goffman[13]. Le stigmate, perçu antĂ©rieurement comme la marque d’un rejet, devient un objet de revendication, une force par l’affirmation de la diffĂ©rence comme point fort du mouvement. Ce retournement, cette rĂ©appropriation identitaire, a permis aux mouvements LGBT de se construire et mobiliser un consensus interne face aux discours critiques, en les dĂ©construisant.

Il ne faut cependant pas rĂ©duire la crĂ©ation de l’identitĂ© LGBT Ă  une simple rĂ©action vis-Ă -vis de leurs nombreux opposants. Les mouvement LGBT ont fait Ă©voluer leurs revendications et leurs objets de lutte au fil des annĂ©es et des victoires. Au dĂ©but, il Ă©tait impossible de concevoir l’union apparente dont le sigle LGBT entend ĂŞtre le symbole. Les luttes ont Ă©tĂ© dans un premier temps menĂ©es essentiellement par la communautĂ© Gay et Lesbiennes en faisant fi des revendications, numĂ©riquement et politiquement moins importantes Ă  l’Ă©poque, des Bisexuels et des Transgenres. Le terme « transidentitĂ©s Â» est d’ailleurs relativement rĂ©cent. Il est l’aboutissement de dĂ©bats sĂ©mantiques portant sur la polysĂ©mie des qualificatifs « transexuels Â» et « transgenres Â» – des dĂ©bats qui ont finalement abouti Ă  forger l’adjectif, encore peu utilisĂ©, de «  transidentitĂ©s Â». Des luttes et mots d’ordres divers se sont donc finalement unifiĂ©s derrière une mĂŞme banderole, un mĂŞme sigle. Mais les raisons de cette unification varient selon les contextes nationaux[14]. Ce besoin « d’unitĂ© dans la diversitĂ© Â» s’est fait sentir par exemple, en France, Ă  la suite de l’adoption de la loi sur le PACS. Il s’agissait alors d’intĂ©grer de nouveaux acteurs rĂ©clamant des droits Ă©quivalents. A l’inverse, cette unification fut plus forte en Italie : si les dĂ©sirs d’ouvertures lĂ©gales et morales avaient du mal Ă  Ă©merger au dĂ©part en raison en partie d’un manque de structuration et de querelles inter-associatives, le ralliement a restructurĂ© le mouvement et donnĂ© un plus grand poids aux messages Ă©mis. Le sigle LGBT, dĂ©sormais connu mondialement, Ă©mane d’un processus collectif de travail sur l’image, un « rebranding Â» au sens marketing du terme, des mouvements : « LGBT, explique le chercheur Prearo Massimo, a fonctionnĂ© comme un opĂ©rateur du rassemblement militant inter-associatif et comme un facilitateur des dynamiques concurrentielles qui traversent l’espace des mouvements sociaux dans la dĂ©finition des enjeux de la lutte Â»[15].

Le point d’orgue de ces processus d’unification est, dans beaucoup de pays, les marches des fiertĂ©s ou « Gay Pride Â» selon la marque dĂ©posĂ©e amĂ©ricaine. Les coalitions d’organisations de la mouvance LGBT sont d’ailleurs frĂ©quemment le lieu de vives discussions lorsqu’il faut trouver un accord sur le mots d’ordre de la marche annuelle, voire des dĂ©solidarisations, comme ce fut le cas Ă  Lyon en 2014[16].

La marche des fiertĂ©s, rituel annuel et vitrine mĂ©diatique de la lutte des mouvements LGBT, a Ă©tĂ© construite comme un Ă©lĂ©ment tout Ă  fait spĂ©cifique de leur rĂ©pertoire d’action collective. En effet, elle est peut-ĂŞtre la seule manifestation incluant associations, partis, syndicats et, chose rare, partenaires commerciaux. De surcroĂ®t, la forme de la mobilisation collective est singulière du fait de sa composition matĂ©rielle, alliant l’expression de revendications et une dimension festive voire carnavalesque, avec la mise en place de chars, de musique et autres appareils rĂ©crĂ©atifs venant du monde de la nuit. Cette dimension revendicative et festive, propre Ă  la marche des fiertĂ©s, garantit un Ă©lĂ©ment essentiel Ă  toute mobilisation collective : la force du nombre. Toutefois, le caractère festif prĂ©sente une ambivalence pour l’image publique du mouvement et engendre de vives critiques de la part de certains participants. Ces critiques portent sur le risque d’une « perte de sens » de la mobilisation : en attirant un public aussi variĂ©, la marche des fiertĂ©s ne perd-t-elle pas son essence revendicative et commĂ©morative ? La recherche Ă  tout prix d’une mobilisation de masse ne risque-t-elle pas de noyer les revendications politiques du mouvement ? Pour beaucoup, le simple rassemblement de milliers de personnes pour la cause LGBT, doublĂ© Ă  la forte mĂ©diatisation de l’Ă©vĂ©nement, est considĂ©rĂ© comme constituant un message politique en lui-mĂŞme.


Une normalisation qui est loin d’être acquise dans une large partie du monde

Si des pays europĂ©ens s’ouvrent au mariage gay et modifient favorablement leur lĂ©gislation, tous les pays ne s’orientent pas dans cette direction. Ces dernières annĂ©es, la question des homosexuels et des minoritĂ©s sexuelles y a Ă©tĂ© souvent marquĂ©e par la rĂ©pression et la condamnation de l’homophobie.

En 2015, la pĂ©nalisation de l’homosexualitĂ© est encore en vigueur dans huit pays : l’Arabie Saoudite, les Émirats Arabes Unis, l’Iran, la Mauritanie, le Soudan, le YĂ©men mais aussi dans certaines rĂ©gions du Nigeria et de la Somalie. Ces pays maintiennent dans leur lĂ©gislation la peine de mort pour quiconque revendique ou se prĂ©sente comme homosexuel. Nous pouvons y associer Ă©galement aujourd’hui près de quatre-vingt pays oĂą l’homosexualitĂ© est considĂ©rĂ©e comme une maladie mentale ou bien un dĂ©lit pouvant entraĂ®ner une amende et une peine de prison ferme. C’est pourquoi, dans ces États, les personnes homosexuelles, bi ou transgenres ne sont pas rassemblĂ©es en associations ou en mobilisations collectives et ne communiquent pas ou peu en public. Il est en effet extrĂŞmement difficile, dans un contexte politique rĂ©pressif, de pouvoir affirmer publiquement sa diffĂ©rence sexuelle, de se constituer en organisations et de s’exprimer dans les mĂ©dias. Certains, pourtant, ont trouvĂ© des voies d’expression alternatives. C’est notamment le cas au Congo oĂą une communautĂ© LGBT a mis en place un langage particulier, le kipopo. Sorte de dialecte composĂ© de mots clĂ©s que seuls les gays peuvent comprendre. Il permet de crĂ©er un sentiment d’appartenance et un moyen de communication communautaire très spĂ©cifique aux homosexuels congolais[17].

Dans les pays pratiquant la peine de mort, le moyen d’expression le plus utilisĂ©, malgrĂ© la rĂ©pression, est Internet. Lorsqu’il n’existe pas ou peu de presse libre, que la tĂ©lĂ©vision est rĂ©gie par l’État qui y diffuse sa propagande, la structure des opportunitĂ©s mĂ©diatiques pour les citoyens homosexuels est limitĂ©e. Espace de libertĂ© relative, notamment parce qu’il favorise davantage l’anonymat, la sphère numĂ©rique est devenue non seulement un moyen de communication mais d’existence pour nombre de communautĂ©s homosexuelles.

L’utilisation d’internet est Ă©galement primordiale dans des pays qui, sans exercer la peine de mort, impose une forte pression juridique et sociale aux personnes homosexuelles[18]. C’est le cas du Maroc oĂą la peine peut aller jusqu’à trois ans d’emprisonnement et une amende de 1000 dirhams. Dans un rĂ©gime qui interdit l’expression publique de l’homosexualitĂ© (article 489 du code PĂ©nal marocain[19]), diffĂ©rentes associations dĂ©fendent les droits subjectifs des minoritĂ©s et rĂ©clament, selon les cas, plus de libertĂ©s individuelles et/ou une Ă©galitĂ© de traitement[20]. Ne pouvant exister sur la place publique, un grand nombre d’associations homosexuelles trouvent refuge Ă  l’étranger ou sur internet en crĂ©ant un espace de « virtualitĂ© rĂ©el Â»[21], permettant des rĂ©flexions et des dĂ©bats ainsi que des solidaritĂ©s en rĂ©seau[22]. Dans ce climat social traditionaliste, la quĂŞte d’identitĂ© se rattache, pour certains, Ă  des actions de communication clivantes[23], lĂ  oĂą d’autres associations tentent une stratĂ©gie de sensibilisation en respectant les mĹ“urs en vigueur[24]. Bien que ne risquant pas la peine de mort, ces associations passent Ă©galement par des rĂ©seaux de solidaritĂ©s internationales. C’est notamment le cas en Russie, oĂą les homosexuels ont longtemps Ă©tĂ© et restent malmenĂ©s. L’homosexualitĂ© a Ă©tĂ© criminalisĂ©e jusqu’en 1993 puis considĂ©rĂ©e comme une maladie mentale jusqu’en 1999. La dĂ©pĂ©nalisation aurait pu ĂŞtre considĂ©rĂ©e comme une acceptation progressive de l’homosexualitĂ©, mais c’était sans compter la loi du 30 juin 2013. RatifiĂ©e par Vladimir Poutine, cette loi interdit la « propagande homosexuelle Â» devant mineur et « les offenses aux sentiments religieux Â» sous peine d’amendes. Sous couvert d’une prĂ©servation de l’enfance et du dogme religieux, l’État russe prive ainsi les mouvements LGBT de l’utilisation des canaux de communication traditionnels. Afin d’exister dans ce contexte d’homophobie ambiante[25], les organisations pro-LGBT organisent des actions de dĂ©sobĂ©issance civile dont la plus connue est la Moscow Pride. Ce type d’action, rĂ©gulièrement interdite et rĂ©primĂ©e brutalement[26], est l’occasion pour les organisateurs de communiquer, via les rĂ©seaux sociaux, sur les violences dont ils sont victimes.[27] « Grandissant Â» leurs causes, pour reprendre le concept du sociologue français Luc Boltanski[28], le dĂ©bat est ainsi menĂ© sur le respect de leurs droits fondamentaux et leurs appartenances Ă  une minoritĂ©. Cette question du respect des droits universels a eu un impact international fort, lors des Jeux Olympiques de Sotchi en 2014, durant lesquels les reprĂ©sentants français ont refusĂ© de se rendre aux cĂ©rĂ©monies d’ouvertures en raison du traitement infligĂ© aux minoritĂ©s en Russie.[29]

Dans ces pays ancrĂ©s dans des modèles traditionalistes, la question du respect des droits individuels des minoritĂ©s sexuelles, voire la simple reconnaissance d’une identitĂ© collective, est un dĂ©bat de sociĂ©tĂ©. La question se pose de savoir si une campagne internationale de communication en faveur des droits des LGBT serait la solution au problème, ou bien si elle ne risquerait pas au contraire de durcir encore les clivages nationaux qui s’ancrent dans des rĂ©alitĂ©s sociales et politiques très hĂ©tĂ©rogènes.


Par Laure Botella, Thomas Jaquemet, Augustin Michäely et Baptiste Zamaron.


[1]
AFP, “Un prĂŞtre polonais fait son coming out et provoque la colère du Vatican”, LibĂ©ration, 3 octobre 2015. URL : http://www.liberation.fr/monde/2015/10/04/comingoutdunhautresponsablecatholiqueunepremieredanslhistoireduvatican_1396960 consultĂ© le 8 octobre 2015 (en ligne)
[2] Padovani Marcelle, “Krzysztof Charamsa, le prĂŞtre homosexuel qui dĂ©clencha la guerre au Vatican”, Le Nouvel Observateur, 4 octobre 2015. URL : http://tempsreel.nouvelobs.com/vatican/20151004.OBS7018/krzysztofcharamsalepretrehomosexuelquideclenchalaguerreauvatican.html consultĂ© le 8 octobre 2015 (en ligne).
[3] Chambraud Cécile, “Le coming out d’un prêtre polonais suscite la colère du Vatican”, Le Monde, 3 octobre 2015. URL : http://www.lemonde.fr/europe/article/2015/10/03/lecomingoutdunpretrepolonaissuscitelacolereduvatican_4782032_3214.html consulté le 7 octobre 2015 (en ligne).
[4] Synode sur la famille et coming-out du père Charamsa : intervention de David & Jonathan dans les médias, URL : http://www.davidetjonathan.com/2015/10/03/synodefamilleinterventiondavidjonathanlesmediasoctobre-2015/ consulté le 8 octobre 2015 (en ligne).
[5] McGarry Mollu , Wasserman Fred, Becoming Visible : An Illustrated History of Lesbian and Gay Life in Twentieth-Century America, New York, Penguin Studio, 1998.
[6] Bozon Michel , Sociologie de la sexualitĂ©, Paris, Nathan, coll.  »Sociologie 128″, 2002, p. 40-42.
[7] Ibid.
[8] Sondage IFOP, « 1986-2013 : la société française et l’homosexualité », juin 2013.
[9] Kaiser Charles, The Gay Metropolis : 1940–1996 , Boston, New York, Houghton Mifflin,‎ 1997.
Thompson Mark, Long Road to Freedom : The Advocate. History of the Gay and Lesbian Movement, New York, St. Martin’s Press,‎ 1995.
[10] Jozse Eric, « Berlusconi et les Italiens pour la reconnaissance des couples homosexuels », Libération, 14 juillet 2014. URL : http://www.liberation.fr/monde/2014/07/14/berlusconietlesitalienspourlareconnaissancedescoupleshomosexuels_1063803
[11] Broqua Christophe et Fillieule Olivier, Trajectoires d’engagement : AIDES et Act Up, Paris, Textuel, 2001.
[12] Dirigeant LGP Lyon, entretien réalisé par Augustin Michaely, février 2014.
[13] Goffman Erving, Stigmate. Les usages sociaux des handicaps (1963), traduit de l’anglais par Alain Kihm, Paris, Éditions de Minuit, coll. « Le Sens commun », 1975.
[14] Massimo Prearo, “La naissance de la formule « LGBT » en France et en Italie : une analyse comparative des discours de mobilisation” , Cultures & Conflits [En ligne], 97 | printemps 2015, p. 83-93 mis en ligne le 30 juillet 2016, consulté le 07 novembre 2015. URL : http://conflits.revues.org/18956
[15] Ibid
[16] Déclaration Osez le féminismes69, lien consulté le 07/10/15. URL : https://osezlefeminisme69.wordpress.com/2014/06/03/desolidarisation-de-la-marche-des-fiertes-de-lyon-du-14-juin-2014/
[17] Bauer Delphine, “Au Congo, une communauté LGBT dans l’ombre”, 360°, URL : http://360.ch/blog/magazine/2015/08/aucongounecommunautelgbtdanslombre/ consulté le 8 octobre 2015 (en ligne)
[18]  LibĂ©ration, « La carte des droits des homosexuels dans le monde Â», le 23 avril 2013 url : http://www.liberation.fr/monde/2013/04/23/mariagehomosexuelquelsautrespayslautorisent_898327  consultĂ© le 8 octobre 2015 (en ligne)
[19] “Est puni de l’emprisonnement de six mois Ă  trois ans et d’une amende de 120 Ă  1 000 dirhams, Ă  moins que le fait ne constitue une infraction plus grave, quiconque commet un acte impudique ou contre nature avec un individu de son sexe.”
[20] Sidi Hida Bouchra, 2011, « Mobilisations collectives Ă  l’épreuve des changements au Maroc Â», Revue tiers monde, hors sĂ©rie, p165
[21] Castells Manuel, 1999, Le pouvoir de l’identité, L’ère de l’information, tome 2, Paris, Fayard. p.468.
[22] Sidi Hida Bouchra, « Mobilisations collectives … Â», op. cit., p. 167. La solidaritĂ© en rĂ©seau permet d’influencer la politique interne via une communication sur les droits universels.
[23]  L’association Mali, a donnĂ© corps Ă  une action dont l’idĂ©e est nĂ©e sur Facebook : un pique-nique symbolique dans la journĂ©e du 13 septembre 2009, pendant le Ramadan . Myriam Levain , Les inrocks,le 22 septembre 2009. URL : http://www.lesinrocks.com/2009/09/22/actualite/societe/ledefidesnonjeuneursdemohammedia-1137237/ consultĂ© le 8 octobre 2015 ( en ligne)
[24] L’association kifkif, Sidi Hida Bouchra, mobilisations collectives … op. cit., p. 178.
[25] Williamson Hugh, « License to Harm Violence and Harassment against LGBT People and Activists in Russia Â», Human Rights Watch, 15 decembre 2014. URL : https://www.hrw.org/fr/news/2014/12/15/russieimpunitepourlesauteursdeviolencesantilgbt , consultĂ© le 8 octobre 2015 (en ligne)
[26] Le Corre MaĂ«lle, « Russie : violences et arrestations Ă  la Gay Pride Â» Yagg, 1 juin 2015. URL : http://yagg.com/2015/06/01/russie-violences-et-arrestations-a-la-gay-pride-de-moscou/ consultĂ© le 8 octobre 2015 (en ligne)
[27] France24, « Des militants homosexuels interpellĂ©s après l’interdiction d’une Gay Pride Ă  Moscou Â», 1er juin 2015. URL: http://www.france24.com/fr/20150531-militantshomosexuelsinterpellationarrestationinterdictiongaypridemoscourussiehomophobiehomosexualite   consultĂ© le 8 octobre 2015 (en ligne)
[28] Boltanski Luc, La souffrance à distance, Paris, Métailié, 1993.
[29] Lemonde.fr, « Boycotter ou pas les JO de Sotchi, le dilemme des Occidentaux Â», le 17 dĂ©cembre 2013. : http://www.lemonde.fr/sport/article/2013/12/16/le-debat-fait-rage-sur-le-boycottage-des-jo-de-sotchi_4335268_3242.html , consultĂ© le 8 octobre 2015 ( en ligne )

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