Midterms 2014 : Clinton déjà en campagne pour 2016

Alors que les Américains ont confirmé le rejet de la politique de Barack Obama, la course à la Maison Blanche est déjà lancée. A deux ans de l’échéance, les yeux se tournent déjà vers les principaux prétendants et les primaires qui vont les départager pour les présidentielles de 2016. Côté démocrate, malgré le marasme dans lequel est embourbé son parti, Hillary Clinton a parfaitement su gérer sa communication. Plus que jamais, elle est la favorite pour succéder à Barack Obama. Décryptage.

Le 4 novembre dernier, les Américains étaient appelés aux urnes pour les traditionnelles élections de mi-mandat. Annoncés catastrophiques pour le parti démocrate, les résultats ont confirmé un désaveu sévère de la politique du président Barack Obama. Si le parti républicain possédait déjà la majorité à la Chambre des représentants, le Grand Old Party a aussi obtenu la majorité au Sénat.
Obama
Ces élections sont généralement défavorables au président en place. Mais la défaite démocrate n’en est pas moins historiquement large. C’est, donc, avec un Congrès entièrement républicain que Obama devra gouverner pendant les deux dernières années de son mandat. Si ces prédécesseurs se sont généralement bien tirés de cette situation, des inquiétudes émergent quant à l’état du parti face aux prochaines échéances électorales.

L’échec de la mobilisation de l’électorat démocrate

Pour Obama, c’est un revers personnel. En effet, pour la première fois depuis son élection en 2008, le président n’a pas réussi à mobiliser son électorat régulier. Pire, le président s’est vu contraint de se mettre en retrait de la campagne du fait de sa faible popularité. Il n’a ainsi effectué qu’un seul déplacement en soutien direct au candidat démocrate sortant dans le Michigan.
Le parti démocrate a mis en place une stratégie de campagne permettant une distanciation avec le président et une recontextualisation de la campagne dans le contexte local. On a, ainsi, vu les candidats démocrates faire campagne sans aucune référence au président sur leur affiches et tracts de campagne. De même, ces candidats ont préféré mettre en avant leur bilan local tout en essayant de prendre de la distance avec la Maison Blanche. Dans le Kentucky, la candidate démocrate Alison Lundergan Grimes est allée encore plus loin. Dans un de ses clips de campagne, elle n’hésite pas à critiquer les positions du président : « Je ne suis pas Barack Obama. Je suis en désaccord avec lui sur les armes, le charbon et l’Agence de protection de l’environnement. »

Habituellement peu suivies, ces élections de mi-mandat ont battu des records d’abstention. Avec un taux de participation de 37 %, il faut remonter à 1942, au cœur de la Seconde Guerre mondiale, pour retrouver un taux de participation aussi faible. Face aux divisions démocrates, les jeunes ainsi que les minorités ethniques se sont faiblement mobilisés malgré les efforts du parti démocrate. La non-participation d’une partie de l’électorat démocrate explique en partie cette défaite. Mais une rupture est en train de se créer entre le parti et le peuple : il reste deux ans au parti pour renouer avec son électorat en vue des prochaines présidentielles.

Un pays en campagne permanente

En effet, avec un Congrès hostile et un parti divisé, l’horizon du président Obama s’est considérablement réduit, à tel point qu’une majorité d’élus sont déjà tournés vers 2016. Dans la foulée de ces élections de mi-mandat, les primaires républicaines et démocrates vont rapidement commencer et les différents candidats ne devraient plus tarder à se déclarer. Cet enchaînement d’échéances électorales crée une apparence de campagne électorale perpétuelle qui détourne rapidement l’attention de l’électeur de la politique nationale vers les prochaines échéances électorales. Dans cet optique, les résultats de ces élections de mi-mandat faisaient aussi office de banc d’essai pour nombre de prétendants des deux partis en vue des présidentielles de 2016.

Photo Politico
Crédit illustration : Politico.com

Ces résultats sont notamment riches en enseignements pour un parti républicain républicain en manque de crédibilité [1]. Effectivement, depuis 2010, le parti est paralysé par les divisions entre son aile modérée et son mouvement ultra-conservateur, le Tea Party. Les victoires faciles de Scott Walker dans le Wisconsin, John Kasich dans l’Ohio et de Cory Gardner dans le Colorado vont permettre au parti de s’appuyer sur ces leaders modérés et leur bon résultat pour se recentrer. L’émergence de ces personnalités moins radicales permet aux Républicains de rompre avec les années Bush et le radicalisme du Tea Party.
Mitch McConnel, le leader de la majorité républicaine au Sénat, s’est d’ailleurs déjà déclaré prêt à trouver un terrain d’entente avec Obama pour les deux prochaines années. La stratégie du parti républicain en vue de 2016 est, donc, très claire. Dans un premier temps, il s’agit de se recentrer sur l’échiquier politique pour décrocher des compromis avec le président Obama sur la question de la dette, des impôts par exemple. Un opposition radicale et stérile au président ne ferait qu’amplifier la défiance des Américains vis à vis de la politique et du parti. Le parti républicain sait qu’il sera juger sur un bilan et des résultats en 2016, il est donc dans son intérêt de ne pas paralyser le pays pendant  les deux prochaines années.

Crédit photo : Gage Skidmore en licence Creative Commons sur Flickr
Crédit photo : Gage Skidmore en licence Creative Commons sur Flickr

Sur cette base partisane plus modérée, le parti républicain se doit de conquérir une partie déterminante de l’électorat (hispaniques, afro-américains et jeunes) qu’il a généralement oublié voir stigmatisé. De ce point de vue, l’élection du premier sénateur Noir dans un État du Sud depuis la guerre de Sécession en Caroline du Sud mais aussi celle de la plus jeune femme de l’histoire du Congrès dans l’Etat de New York (tous les deux républicains) sont des signes forts envoyés à cet électorat. Mais cela ne suffira pas : des assouplissements sur les positions en matière d’immigration et de régulation des sans-papiers sont attendus. Et le parti sait qu’il en a besoin sous peine de voir un nouveau démocrate entrer à la Maison Blanche en 2016.

Les midterms 2014, un test grandeur nature pour 2016 ?

Ce nouveau démocrate pourrait être… Hillary Clinton. En effet, l’ex-première dame est présentée comme la grande gagnante de ces élections dans les médias américains. Il faut dire que celle-ci n’a pas ménagé sa peine pour limiter la déroute de son camp. Ainsi, elle a apporté son soutien direct à pas moins de 37 candidats démocrates au Sénat et a été la figure du parti démocrate la plus active durant cette campagne. Si les résultats de son soutien sont globalement négatifs [2], les attentes autour de sa possible candidature se sont ravivées, même si cette candidature reste un secret de polichinelle.
Pourtant, certains signes ne trompent pas. Au soir de la défaite démocrate, le sénateur républicain Rand Paul, lui aussi pressenti candidat pour 2016, faisait de Hillary Clinton sa cible principale, avant Barack Obama lui même. Ainsi, sur les réseaux sociaux, il publiait la photo des candidats démocrates défaits malgré le soutien de l’ex-première dame avec le hashtag #HillaryLosers. Cela en dit large sur la position de favorite qu’occupe Hillary Clinton en vue des présidentielles. En utilisant cette campagne des midterms, Hillary Clinton a réussi à se constituer un véritable réseau qui lui sera utile dans sa conquête de la Maison Blanche.
Hillary Clinton

De plus, elle pourra se servir de l’expérience de cette élection pour déterminer les thèmes de campagne. Certains candidats démocrates ont préféré accentuer l’avantage du parti auprès de l’électorat féminin en faisant campagne sur l’avortement ou la contraception au lieu de rassurer l’électorat sur les perspectives économiques ce qui n’a pas réellement fonctionné. On a, par exemple, vu le candidat démocrate Mark Udall se faire surnommer Mark Uterus par un journaliste du Denver Post [3]. Hillary Clinton devra éviter de reproduire cette stratégie en faisant campagne sur les attentes réelles des électeurs, qui seront avant tout économiques.
Cette campagne a aussi été l’occasion pour Hillary Clinton de tester sa popularité. Et ce test est plutôt probant. Une enquête réalisée par ABC News [4] montre que l’ex-première dame est en tête des impressions sur Facebook avant, pendant et après les élections. Sa popularité est telle qu’elle écrase toute velléité de concurrence au sein de son parti. L’ex-First Lady devra tout de même prêter attention à sa communication. Durant sa campagne dans le Massachusetts, elle avait laissé échapper une bourde : « « Ne laissez personne vous dire que ce sont les grandes sociétés et le business qui créent des emplois » que ces adversaires avaient reprise et détournée sur les Twitter.

La « machine » Clinton est en route

Cependant, ce n’est pas une petite erreur qui va ternir une campagne savamment orchestré autour d’une communication minutieuse. Les ambitions politiques de Hillary Clinton s’affichent dès 2008 au cours de la primaire démocrate qu’elle ne peut remporter face au phénomène Barack Obama. Elle parviendra tout de même à se construire une belle popularité au poste de Secrétaire d’État même si le bilan de son action y est faible. Après sa démission de ce poste en 2013, elle sait se montrer omniprésente dans les médias avec d’abord la parution de son livre Hard Choices. Mais ce qui retient le plus l’attention sont ces critiques face à la diplomatie de Barack Obama qu’elle juge trop molle.

Sa stratégie est simple : elle a, pour objectif, de valoriser son expérience accumulé à la Maison Blanche et au Secrétariat d’État tout en mettant en lumière son réseau d’influence impressionnant notamment au sein de la Clinton Foundation créée par son mari. Cependant, Hillary Clinton doit encore casser l’image d’aristocrate rigide qui lui colle à la peau. En partant en campagne deux ans avant l’échéance, elle se laisse encore du temps pour changer cette image. Dans cette optique, la mise en scène de la naissance de sa petite-fille Charlotte a été un élément déterminant pour rendre son image plus douce et humaine aux yeux du pays. En prenant le risque de se vieillir, Hillary Clinton a surtout réussi à attendrir l’Amérique et à mettre en scène son expérience. Alors que les États-Unis sortent difficilement de la crise, cette expérience pourrait être un élément déterminant et une valeur refuge en 2016.
Or, la victoire des Républicains aux midterms lui facilite considérablement la tâche. Hillary Clinton a désormais un adversaire clairement identifié contre lequel faire campagne. De plus, le revers de Barack Obama lui donne un argument supplémentaire pour se distancier de la politique menée à la Maison Blanche. Après 6 années de préparation, Hillary Clinton peut désormais ouvertement se positionner comme principale opposante à la majorité républicaine et comme alternative crédible au sein du parti démocrate. A deux ans des présidentielles, elle n’a jamais été aussi proche de la Maison Blanche… et les États-Unis lui prêtent déjà toute leur attention.


[1] Paradoxalement, le parti républicain, qui a gagné ces élections de mi-mandat,ne récoltait que 33 % d’opinion favorable contre 39 % pour le parti démocrate dans un récent sondage pour le Washington Post et ABC News.


[2] Sur les 37 candidats qu’elle a soutenu, seulement 13 ont été élus. 23 ont été battus et une candidate devra passer par un second tour.

[3] Le surnom a été lancé par Lynn Bartels, une journaliste locale du Denver Post : il a, ensuite, été repris massivement sur les réseaux sociaux et dans la presse nationale américaines.


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