Elections municipales françaises – Les campagnes d’Anne Hidalgo et de Nathalie Kosciusko-Morizet n’ont pas suscité beaucoup d’engouement chez les Anglais

 Relayée par les journaux anglo-saxons, l’élection de la première Maire de Paris a fait couler beaucoup d’encre. Cet article a pour objectif d’observer la prédominance de certaines problématiques, le traitement et l’analyse d’une partie médias britanniques sur ces élections municipales.

«La harpiste ou l’héritière ?» Anne Hidalgo et Nathalie Kosciusko-Morizet perçues avec ironie

The Guardian analyse avec ironie et amusement les deux candidates à la mairie de Paris. «La harpiste ou l’héritière ? Image is all in the race to be first woman mayor of Paris»[1] titre le journal anglais en soulignant la «série de gaffes» commise par Nathalie Kosciusko-Morizet et Anne Hidalgo. Si cette dernière est décrite comme la favorite, «l’héritière» et la protégée du maire actuel Bertrand Delanoë, Nathalie Kosciusko-Morizet est surnommée «la harpiste» – en allusion à sa photographie dans Paris Match (2005)[2]. L’article énumère les propositions phares des deux candidates tel que le projet de piétonnisation de la très huppée Avenue Foch proposé par Anne Hidalgo. Ironiquement, le journaliste évoque un jeu consensuel entretenu par les candidates, «tout le monde s’accorde à dire qu’il faut se battre contre le chômage, la détresse des sans-abris et le cancer. Cela revient à dire que ‘la guerre, c’est mal’» déclare-t’il. Aussi, la série d’impairs commise par NKM, de son utilisation du Vélib’ en talons hauts, à sa méconnaissance du prix d’un billet de métro est qualifiée de «raillerie» et les propositions des candidates sont qualifiées de «démagogiques et peu plausibles». La candidate de centre-droite est «anéantie par une mauvaise communication et une multitude de faux-pas» pour le Telegraph[3].

«Le Français mondain»
L’article décrit comme problème majeur le fait que cette campagne soit uniquement basée sur l’image des deux candidates. Si le Français aime «parler de politique lors de dîners mondains», ces élections semblent avoir «échoué à mobiliser beaucoup d’enthousiasme dans les grandes tablées parisiennes» relève The Guardian[4].
«Paris bat Londres»

Le quotidien britannique le Telegraph évoque quant à lui la malencontreuse déclaration d’Anne Hidalgo, «Paris bat Londres», et la façon dont elle a adoucit ses commentaires quelques jours plus tard en affirmant «les deux villes sont concurrentes mais si nous travaillons ensemble, nous pourrions mettre en place un partenariat mondial et reconsidérer cette question»[5].

Quant au très sérieux Financial Times orienté à droite, dans la rubrique «World News», Adam Thomson déclare dans son article «France looks for clues to national mood as two women compete to be Paris mayor»[6] que beaucoup de votants considèrent NKM «trop bourgeoise pour comprendre les réalités du quotidien». Anne Hidalgo a également ses faiblesses notamment «son manque de charisme face à Bertrand Delanoë» ajoute-t-il. Il est également souligné que seul un quart de la population métropolitaine se sent principalement concerné par les questions locales, sur un total de 2,3 millions de Parisiens.

La Grande-Bretagne désinvestie de ces élections

Adam Sage[7], correspondant du Times exprime aussi son point de vue sur l’apport politique de cette élection qu’il juge «aussi nul que cette dimension symbolique est forte». Il ajoute « j’ai lu le livre d’Anne Hidalgo, « Mon combat pour Paris. Quand la ville ose… », il est navrant de banalité. Je ne sais pas si Nathalie Kosciusko-Morizet a beaucoup plus d’idées mais en tout cas son caractère est intéressant.» A côté de cela, The Guardian utilise un ton plus alarmiste pour évoquer les priorités des deux candidates. Ces dernières sont décrites comme davantage préoccupées par les plans des stations de métro, et la rénovation de bassins, que par les besoins primaires réclamés par des organisations telle que l’Armée du Salut, à savoir «la nourriture, l’égalité des enfants et la question du logement pour les immigrants étrangers»[8]. On y sent une indignation sincère.

En définitive, hormis certains commentaires positifs, rares ont été les éloges des médias britanniques face à cette campagne électorale française jugée bien trop superficielle. La tonalité choisie par les journalistes anglais, sérieuse pour certains, plus légère pour d’autres, reflète une forte défiance envers la classe politique française et plus particulièrement, envers les deux candidates à la Mairie de Paris.

Gwendoline Karolewski


[2] Une photographie de la Ministre, véhiculée en 2005 par un reportage photo de Paris-Match la faisait poser enceinte dans un décor de sous-bois.
[6] Financial Times – Saturday, March 15th / Sunday, March 16th 2014 – «France looks for clues to national mood as two women compete to be Paris mayor» P.8

[8] http://www.theguardian.com/world/2014/mar/02/race-paris-first-woman-mayor-nkm-nathalie-kosciusko-morizet-anne-hidalgo

(Crédits photo : http://lelab.europe1.fr/municipales-a-paris-boris-johnson-rencontre-anne-hidalgo-rachida-dati-et-nathalie-kosciusko-morizet-7855)

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