La photographie du Président : un manifeste de normalité ?

Le Président de la République, récemment élu, a passé tous les premiers tests qui le mène à la légitimation : Premier G8, premier Sommet européen de crise, et maintenant la photographie officielle. Cette dernière officialise la nouvelle Présidence. C’est un portrait, négocié avec le photographe et les communicants, qui définit la conception que se fait le Président de son mandat. Nous verrons que cette photographie présente toute la complexité du personnage Hollande.
Tout d’abord le choix du photographe est important. François Hollande, avec Raymond Depardon, fait le choix d’un photographe professionnel renommé et reconnu par ses pairs. Chaque Président a eu son photographe : Jacques-Henri Lartigue pour Valéry Giscard d’Estaing, Gisèle Freund pour François Mitterrand et Philippe Warrin, photographe people, pour Nicolas Sarkozy. Au sommet de l’Etat, chaque symbole compte. Avec un slogan comme « Le changement, c’est maintenant », le Président devait tenter de réinventer l’exercice. La bibliothèque de l’Elysée est déjà très connotée par les photographies du Général de Gaulle, de Georges Pompidou, de François Mitterrand et de Nicolas Sarkozy. Il a donc choisi les jardins de l’Elysée, comme un clin d’œil à son prédécesseur corrézien. Le Palais de l’Elysée est surexposé sur cette photo comme pour montrer que ce n’est pas le lieu de tous les pouvoirs. Le bâtiment est présent mais au second plan de manière presque effacé, comme pour montrer la non importance du lieu. C’est une des volontés du Président que de rééquilibrer les pouvoirs (entre législatif et exécutif) et de ne plus recevoir les journalistes et les parlementaires de la majorité dans ce lieu. Le Palais de l’Elysée n’apparaît alors plus comme le seul lieu de toutes les décisions, mais plutôt comme la résidence présidentielle.
Nicolas Sarkozy a été le premier à faire apparaître le drapeau européen sur une photographie officielle d’un Président de la République Française. C’est une avancée majeure dans la Ve République. La France est dans l’Union Européenne et se doit d’afficher cet engagement dans la construction de l’Union. Le Président Hollande pose donc devant deux drapeaux étendus pour l’occasion sur une des façades du Palais. Cet élément entre dans la continuité.
Cependant, deux éléments étonnent sur cette photographie : Le format et la prise de vue. En effet, le format carré de cette photographie est frappant. Les précédentes photographies officielles ont un format rectangulaire. Elle peut faire penser à une photographie prise par un smartphone avec Instagram. C’est le clin d’œil aux réseaux sociaux et aux photographes amateurs.
Que veut on exprimer avec cette photographie ? Que chacun aurait pu la faire ? C’est là toute la force de la communication présidentielle et du talent de Depardon. Pour certains, cette photo est ratée et Raymond Depardon a « travaillé [ce ratage] ». Premièrement, la photographie ne serait pas institutionnelle. Un député de la droite populaire demande ainsi de la refaire car le drapeau français est posé à la verticale. Deuxièmement, il n’y a quasiment aucune technique autour de cette photographie : Depardon n’a pas utilisé de pied pour éviter le flou et pour mieux imiter le naturel. C’est le premier pas vers la mise en scène et la stratégie communicationnelle. On veut faire croire que la photo est une photo amateur. Que le photographe a pris tout simplement le Président en marchant vers l’objectif (voire les coulisses). La première impression est bien celle-ci : Une photographie normale avec un Président qui marche vers les Français et ses réformes.
Et c’est sur ce point que cette image caractérise le problème de la construction d’ethos de Hollande. Il est maintenant Président, il a été élu. Sa fonction le fait naturellement entrer dans l’histoire. Cette photographie officielle pourrait être une photographie de candidat. Mais celle aussi d’un Président en mouvement qui avance « normalement » vers les Français.
Et c’est toute la complexité du personnage Hollande : se forger un caractère « normal » dans un costume de Président. La question est : Normal par rapport à qui ? A Nicolas Sarkozy. C’est la difficulté pour François Hollande. Il est Président et ne doit plus se comparer à l’ancien Président. C’est pourtant ce qu’il a fait pendant sa première interview télévisée le 29 mai 2012. Il n’a cessé de rappeler qu’il était normal, qu’il venait normalement répondre aux questions de David Pujadas, qu’il prenait normalement le train pour se rendre à Bruxelles. Mais à force d’insister sur ce caractère normal, il risque de ne jamais faire oublier son prédécesseur. Et pire, il renforce la méfiance autour de son personnage. Sous les ors de la Ve République, il n’y a rien de plus suspect que quelqu’un qui prétend être normal. Cet attribut, mis en exergue, tendrait à diminuer le caractère majestueux de la fonction présidentielle. Pourtant, le Président Hollande, par son parcours et même son élection, est le produit de notre République. Alors peut être que le terme « normal » n’est pas le bon, et que l’on prétend davantage à un retour à une plus grande humilité, proche des démocraties nord européennes.
François Hollande veut continuer à vivre dans son appartement, revoir certains excès de l’Etat, il a fait diminuer son salaire. Ce sont ses actes et ses réformes qui feront du Président de la République un exemple davantage de simplicité que de normalité, dans le sens d’un retour à des valeurs essentielles et loin de certaines attitudes démesurées. Et sa photographie est bien symptomatique de son problème : Donner l’impression que la photographie est normale et amateur, alors qu’elle est loin de l’être.


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